03 juin 2017

Consigne d'écriture n°6 - « Logo-rallye »

La consigne

Un logo-rallye est un exercice qui consiste à inclure dans un texte un certain nombre de mots imposés au départ. Écrire un texte comportant les sept mots et expressions suivants : faction, royalties, fort, fonctionnalité, os du talon, mal de tête, costumé. 

Machine

Mon texte

La petite nouvelle que j'ai écrite dépassant largement les mille mots, j'ai choisi de vous la proposer en téléchargement et au format PDF. Si vous avez des soucis techniques -ou des remarques- n'hésitez pas à m'en faire part dans les commentaires ou par mail.

Convictions_et_territoires

 

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01 juin 2017

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 1/3



Écrire une histoire est une activité à la portée de tous, dès lors que l'on se permet l'imperfection. Je ne suis pas du genre à vendre du rêve, aussi ne vais-je pas raconter qu'en suivant les trois articles de ce tuto vous disposerez d'une recette magique pour produire un recueil de nouvelles propres à l'édition. Ce que je vous propose est à la fois beaucoup moins « vendeur » et néanmoins ambitieux : essayer de montrer que prendre plaisir à inventer une histoire ne concerne pas seulement les romanciers, scénaristes et autres écrivants.

Faire surgir tout un univers avec les mots pour seuls outils est à la portée de tous. Une activité pour laquelle il n'y a pas besoin de posséder des économies, d'être en bonne santé, ou de disposer d'un ordinateur. Ce que je voudrais vous faire entrevoir, c'est le réconfort que peut apporter ce petit -ou grand- espace en nous, où l'on peut s'inventer une histoire. Même lorsque le corps ou la vie vous trahit, il reste cette liberté première : fermer les yeux et, s'évader quelques minutes ou quelques heures.

Bien entendu, dans l'article qui nous intéresse aujourd'hui, il sera question d'écriture, pour garder une trace de nos trouvailles.

Trois articles donc pour les trois grandes étapes de la naissance d'un récit : trouver le sujet -qui, quoi, où, comment-, écrire l'histoire et reprendre son texte pour en tirer le meilleur possible....

Nota bene : ce tutoriel ne saurait se substituer à une séance en écriture créative. Néanmoins, j'essaie de survoler efficacement les notions fondamentales pour les écrivants. N'hésitez pas à me contacter pour vos questions et remarques éventuelles (ecrhistoires@gmail.com).

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L’œuf ou la poule ? Ne pas s'enfermer dans une méthodologie

 

Comment naît une histoire ? Cette question, fort simple au demeurant, ne peut qu'appeler une réponse complexe. Si tout peut donner naissance à une histoire, on peut toutefois dire qu'un élément du récit vient en premier. Le personnage, l'intrigue, le contexte... Lorsque l'on prend la peine de nourrir son inspiration, on multiplie la probabilité de trouver le sujet d'un prochain texte.

Pour cette raison, il est, selon moi, préférable de ne pas s'enfermer dans une méthodologie, au risque de passer à côté de certaines possibilités. Par contre, il me semble bien de garder à l'esprit la liste des éléments qui composent une histoire.

 

Les étapes à « cocher »

Cette série d'ingrédients évoquée précédemment peut vous guider dans l'élaboration de votre « sujet ». Il n'y a pas d'ordre préférable, il suffit seulement d'essayer de compléter la liste. Dans l'ordre que l'on veut.

Dans un contexte donné, un personnage -ou plus-, voit un élément chambouler son quotidien. Élément qui va entraîner des conséquences plus ou moins problématiques.

Je vais vous donner deux exemples, le premier partira du personnage, le second de l'élément perturbateur.

  • Premier exemple : le personnage comme point de départ

Le personnage : une étudiante en mal d'amour.

J'affine un peu : Une étudiante en mal d'amour qui a une petite passion pour les cochons -du genre à collectionner les figurines à leur effigie-.

Un élément entre en jeu : elle rencontre/tombe amoureuse d'un activiste de la cause animal.

Élément qui va perturber le quotidien du personnage : Ce dernier débarque et lui laisse un - gigantesque ? - porc sauvé de l'abattoir.

Nous avons le point de départ de notre récit. À partir de là, on peut imaginer une infinité de possibilités. La jeune femme doit cacher son improbable colocataire à la concierge. Ou encore elle décide de s'en débarrasser bien qu'elle réside en centre-ville. Ou, plus gore, elle veut tuer et découper l'animal mais n'a aucune idée de comme s'y prendre.

  • Second exemple : on part de l'élément perturbateur

Dans ce cas, on peut partir d'une question de type « Et si... ? »

« Et si, au moment de découper un corps, la tronçonneuse tombait en panne ? »

Ensuite il suffit de combler le reste.

Le personnage : un tueur en série

J'affine un peu le contexte / le caractère de mon protagoniste : un tueur en série aguerri et sociopathe qui ne connaît aucun des voisins de son quartier.

Un élément entre en jeu : au moment de découper sa dernière victime, sa tronçonneuse tombe en panne.

Élément qui va perturber le quotidien du personnage : le tueur se retrouve à faire du porte à porte pour emprunter une tronçonneuse.

 

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Qu'importe de quel élément vous partez, vous disposerez d'un court paragraphe qui présente votre idée. Ne reste plus qu'à développer cette dernière.

Voici les paragraphes issus des exemples donnés :

Eva, étudiante, collectionne les cochons en porcelaine et soupire après le grand amour. Elle a le coup de foudre pour Nathan, un activiste de la cause animal. Enamourée, elle fait tout ce qu'il veut dans l'espoir de lui plaire. Aussi quand, un soir, il débarque avec Sunday, un énorme porc sauvé de l'abattoir, elle n'ose pas refuser de garder l'énorme animal dans son minuscule deux-pièces. Problème, comment cacher l'improbable colocataire de sa propriétaire qui vit à côté ?

Un tueur en série, Gilbert, réside dans un quartier calme d'une petite ville de province. Le meurtrier aguerri s'apprête à découper sa dernière victime quand sa tronçonneuse bien-aimée tombe en panne. C'est dimanche et la veille d'un jour férié pendant lequel il est censé recevoir ses parents et ses deux sœurs pour le déjeuner. La solution : emprunter une scie ou tronçonneuse à un voisin. Sauf qu'en bon sociopathe, cela fait dix ans qu'il snobe tous les habitants de son quartier. S'ensuit un porte-à-porte tragi-comique.

Je peux m'amuser à ce petit jeu pendant des heures... Parfois je note le sujet trouvé, parfois non. En tout cas, plus on pratique et plus les idées viennent facilement. Lorsque je décide de garder un embryon d'histoire, je note le paragraphe à la suite d'autres idées. Et quand j'ai envie de consacrer mon temps à l'écriture d'une nouvelle, il ne me reste plus qu'à piocher.

 

Alors... Prêt(e) à jouer le jeu ?

10 mai 2017

Consigne d'écriture n°4 - « Lettre d'un objet »

[Maj' du 10 mai] Suite à des soucis techniques je n'avais pas reçu la contribution d'Eerylin, je rajoute donc sa contribution : merci à elle. Si tu es dans le même cas, n'hésite pas à m'envoyer ton texte ( ecrhistoires@gmail.com ) que je rajouterais dans les plus brefs délais...

La consigne

 

Donner une voix à un objet... Celui-ci écrira une lettre à son propriétaire.

 

Ma contribution

 

Cher petit humain,

 

 

 

Dans la pénombre, à la lueur de la lune à demi pleine, je me résous enfin à prendre le stylo pour t'écrire. Cinq années. Il m'aura fallu cinq années, soixante mois, une multitude de jours -et de nuits- avant d'en arriver à cette extrémité.

 

Plus jeune, en compagnie de mes semblables, dans le rayon propre du magasin, j'imaginais mon avenir. Lorsque, enfin, un client sensible à mon charme moelleux m'aurait arraché au temple mercantile de mon innocence. Pour t'avouer la vérité, je m'impatientais. Déclarant à mes camarades pastels : « Vivement qu'on m'achète, je n'en peux plus ! ». Des rêves peuplés de nourrissons à l'odeur de coton frais berçaient mon sommeil. Je me voyais déjà : cible d'un amour inconditionnel, objet transitionnel ultime, trésor d'enfance et de tendresse.

 

Après une interminable attente, un homme -cheveux clairsemé, barbe fournie et sourire ému- m'a libéré. J'ai rejoint un berceau. Ton berceau. La première année, ce fut sublime. Chacune de tes siestes me surprenait à me blottir contre ta peau satinée, fasciné par les changements rapides qui s'opérait sur tes traits. De fripés, ils se remplirent d'amour pour devenir des courbes d'une rondeur franche. Je ne nierai pas les obstacles que nous avons franchi ensemble : l'odeur de lait caillé, la bave gluante de tes poussées dentaires, l'arc-en-ciel de purées pestilentielles. Mais un seul de tes rires, un seul de tes câlins, un seul de tes regards clairs et j'oubliais ces quelques désagréments.

 

Même lorsque tu as grandi, mon courage n'a eu d'égal que notre adoration mutuelle. Parfois tu me maltraitais un peu, toutefois, tu finissais toujours par me serrer dans tes bras de plus en plus forts. Je t'aimais tant que la deuxième année m'a semblé aussi paradisiaque que la première. Tes petites brutalités passaient encore pour des maladresses. Et puis tes parents semblaient plein de confiance : « Il est en pleine crise des deux ans ! Ça lui passera ! ». Aveuglément, je les ai cru.

 

Au fil des mois, hélas, les maltraitances ont véritablement commencé. Une frustration ? Tu me jetais contre un mur ! Un jouet qu'on te refusait ? Tes petits poings serrés martelaient mon tissu. Bien sûr, après chacun de tes éclats, tu t'empressais de me couvrir de prévenance et me suppliais de te pardonner. Parfois tu parvenais à me faire croire que c'était ma faute. Si tu t'emportais, c'est parce que je n'étais pas à la hauteur ! Les bourreaux sont tous les mêmes : à nous traiter comme des Dieux pour nous rendre dépendants avant de nous dévaloriser insidieusement, jusqu'à ce qu'on disparaisse au fil des coups.

 

Cette situation, où de doudou je suis devenu chiffon, aurait pu durer jusqu'à ta majorité. Mais est venu le Grand Chamboulement : instants d'angoisse où tu m'emmenais dans un grand bâtiment froid pour me jeter au fond d'une boîte. Comme un rebut. J'ai vécu dans la peur, mon cœur martelant ma terreur au rythme de chants guerrier interprétés par d’innombrables petits humains :

 

La bergère en colère,

 

Et ron, et ron, petit patapon,

 

La bergère en colère,

 

Tua son p'tit chaton, ron ron,

 

Tua son p'tit chaton.

 

Bien heureusement, je bénéficiais du soutien des autres laissés-pour-compte. Là, à force de confidences, nous avons découvert que nos sorts étaient semblables. Tous esclaves de la Tyrannie ! Malgré cela, j'ai continué à t'aimer. Implorant le ciel que tu redeviennes l'ange que tu fus autrefois.

 

Pourtant ce matin, la coupe a débordé ! Quand ta mère t'a questionné : « Tu ne prends pas Doudou ? », tu n'as même pas eu la bienséance de chuchoter ta réponse, « J'suis un grand maintenant » ! Tu es parti en riant, me laissant abandonné sous ton lit.

 

Je ne nie pas mes sentiments, cinq ans d'amour ne disparaissent pas du jour au lendemain... Je n'en peux plus alors je pars. Plutôt l'errance et la rue, plutôt le vide-grenier ou la déchetterie, que cette lente descente aux enfers à te regarder me dés-aimer un peu plus tous les jours.

 

Adieu

 

Ton Doudou qui t'aura tant aimé...

 

Contribution d'Eerylin

 

Chère toi,

 

 

 

Si je t’écris aujourd’hui c’est que la situation a assez duré.Je t’ai entendue tu sais, me traiter d’antiquité du moyen-âge. J’ai peut-être un peu d’ancienneté mais je ne suis pas sourde, ni d’ailleurs la seule à avoir des années au compteur. Où sont tes bonnes résolutions de fin d’année, celles qui faisaient frissonner mon levier de vitesses ?  Tu m’avais promis des escapades comme au bon vieux temps, juste toi et moi. Mais tu es comme mon pneu arrière, tu te dégonfles sans arrêt. Tu ripailles, tu fais bombance et finalement tu t’affales sur ton canapé en m’oubliant. Arrête donc de patiner dans la semoule, de t’occuper de tout et surtout de rien, lâche ton écran d’ordinateur. Tu sais, prendre l’air c’est revenir à l’essentiel alors ne te braque pas et partons au hasard, retrouvons le goût du pédalage, des moucherons et de l’effort. Profitons à nouveau de l’instant et comme dit le grand philosophe Forest Gump qui en connaît un rayon, la vie et le pédalage quotidien, c’est comme une boîte de chocolat, tu ne sais jamais vers quel chemin cela te mènera. Ce que je peux te garantir en revanche, c’est que ce sera une aventure à te couper le souffle. Que penses-tu d’aller chercher du pain pour commencer ??

 

 

 

Signé,

 

ta pauvre bicyclette...

 

 

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06 mai 2017

Consigne d'écriture n°5 - « Sujet d'écriture »

 

La consigne

 

La consigne est simple : concocter soi-même un à trois sujets d'atelier d'écriture !

 

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Les Textes

 

Ma production
  • Un logo-rallye, exercice qui consiste à inclure dans un texte un certain nombre de mots imposés au départ. Vous devrez donc écrire un texte -de genre et de longueur libre- comportant les dix mots et expressions suivants : faction, royalties, fort, fonctionnalité, os du talon, mal de tête, costumé. Comme je ne suis pas -trop- sadique, je simplifierai les choses en n'exigeant pas que l'ordre de la liste soit respecté.

  • Première phrase imposée. Vous commencerez votre texte par « Elle entre dans l’ascenseur et les portes se referment... »

  • Un sujet : « Une lettre d'amour »

 

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08 avril 2017

Consigne d'écriture n°3 - « S'inspirer d'une sculpture »

 

La consigne

 

Texte libre à partir d'une œuvre d'art sculpture – Niki de Saint-Phalle (Neuilly-sur-Seine, 1930 – États-Unis, San Diego, 2002), L'arbre-serpents,une sculpture-fontaine, résine et peinture polyuréthane, 1992.

 

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Les Textes

 

EDIT DU 09 AVRIL : Merci à Eerylin et à DURAMEN de leurs participations et de leur confiance. Tout l'intérêt de cette catégorie réside dans de telles contributions. J'espère que d'autres lecteurs se joindront à nous pour les prochaines consignes.

 

Contribution d'Eerylin

 

 

Viens.

 

Approche-toi.

 

S’il te semble que j’ai l’air étrange mais malgré tout familier, c’est que tu me reconnais. Souviens-toi. Sans passé, sans avenir, fragile et changeant, mes couleurs sans nuance éclatent sur mon écorce comme un arc-en-ciel d’émotions. Je suis l’avidité, la gourmandise, impatience qui surgissent et se rétractent en petites têtes de serpents colorés. J’ai le rouge de la créativité, de l’impulsion et du courage, le bleu de la joie, de l’infini et de l’insouciance. Je suis toutes les nuances de la liberté, des découvertes et de la magie. Je suis la vérité pourpre, précieuse et mystérieuse, ta vérité. Je suis ton plus fidèle soutien alors ne m’oublie pas, laisse-moi m’exprimer, laisse-moi vivre et si tu m’offres quelques crayons de couleur, des bulles de savon et des ballons alors promis, juré, craché, je te confierai la jeunesse éternelle, celle de l’enfant au fond de toi.

 

Contribution de DURAMEN

 

Si, lo so, les goûts et les couleurs ma sono un artista !
Pourquoi parles-tu italien ? Tu en prends même l’accent !! Alors que nous somme français !
Perché sono un artista !
Cela fait partie de ton excentricité d’artista, j’imagine ?
Regarde ! Siamo le centre dell'attenzione.
En même temps, tu fais tout pour que nous le sommes. Tu nous fais chanter, danser et nous habille comme des clowns. Regarde, on nous regarde d’un œil perplexe.
Io, dirò admiratif ! Regarde le sourire pétillant de cette petite créature.
Elle est encore naïve à cause de la jeunesse de sa vie. Regarde ses géniteurs, ils se lancent des regards perplexes ! P – E – R – P – L – E – X – E – S ! Perplexes !
Que veux-tu !? Siamo des artistes incompris !

 

Ma production

 

 

Longtemps mes peurs ont été en noir et blanc. Il semble que les cauchemars soient moins effrayants sur une palettes grise.

Longtemps mes peurs ont été en noir et blanc. Les adultes ne comprendront pas. Ils oublient ce genre de choses. Ils oublient de soulever les voiles. Ils possèdent la naïveté de la maturité. Présentez-leur une tragédie en dessin animé et trop souvent ils croiront en une comédie. Présentez-leur les enfers en couleurs et ils se penseront en sécurité. Ils ne repèrent jamais le diable sous un masque de carnaval.

 

Longtemps mes peurs ont été en noir et blanc, angoisses blafardes d’innocence ; la candeur dansant sur la cadence d'une valse monochrome. On ne voit pas ramper le drame qui vient nous mordre. Après que le sang de l'enfance ait sali le sol, mes cauchemars ont changé.

 

Alors mes peurs ont été en couleurs. Les serpents les plus chatoyants sifflèrent sur ma tête. Mes cauchemars répandaient leur venin dans les sillons de ma jeunesse. Les secrets fourchus glissaient sur ma peau tendre, laissant sur ma chaire les plaies les plus pernicieuses.

 

Alors mes peurs ont été en couleurs. Piquant ma pureté pour la moucheter de poison, les boas étouffaient fébrilement ma gorge fragile m'aveuglant de leurs écailles ardentes. Vifs, les carmins merveilleux. Vifs les bleus roi couronnés. Vifs les jaunes ingénus. Vifs les verts bouleversants. Et sous l'éclat des couleurs, se nourrissaient les vipères de ma tragédie personnelle.



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25 mars 2017

Consigne d'écriture n°2 - « Lipogramme »



La consigne

 

Après l'amorce de la dernière fois, j'ai préféré m'imposer une contrainte formelle. Vous connaissez le lipogramme ? Allons jeter un œil sur la définition : Œuvre littéraire dans laquelle on s'astreint à ne pas faire entrer une ou plusieurs lettres de l'alphabet.

J'ai donc choisi de ne pas utiliser la lettre « U »...

 

Mon texte

LettreU

Extrait de mon Art Journal


Le kidnapping

Les forces de l'ordre sont en alerte, les gyrophares projettent des rondes colorées dansant avec le macadam sombre. L'agent Wolowski donne ses ordres de sa voix aigre : le temps presse ! Le technicien déploie le matériel nécessaire et les policiers interrogent les témoins. En cet instant, les indices ont la légèreté des top-modèles parisiens. Dolorès Galandry a rapporté vingt fois la scène : la victime rentrait chez elle, après l'école. Sac à dos violet, jeans noirs, polo vert pomme. Elle venait de se séparer de sa camarade à l'intersection précédente. Les amies faisaient en général le trajet ensemble. La camionnette noire avait ralenti et l'homme -grand blond capillairement fort limité- s'était saisi avec violence de la lettre. Il l'avait jetée à l'arrière, était remonté, et son acolyte -la vieille était incapable de le décrire- avait démarré en trombe. Le sac d'école était resté là, petit cadavre violet. Dolorès jardinait -l'activité de ses vendredis après-midi-, elle s'était précipité chez la famille de la victime.

Madame Phonème a l'impression de descendre en enfer, l'attente est interminable. L’œil bordé de tristesse, elle tripote son alliance, les mains agitées de tremblements intermittents.

— On n'est pas riches... Je ne comprends pas.

Les lèvres serrées, lame de rasoir rose pâle, elle répète :

— Je ne comprends pas.

Mais Wolowski reste concentré :

— Si ce n'est pas l'argent... Votre mari est bien magistrat ?

— Il travaille à l'AS. Il gère l'admission des termes d'argot.

— En octroyant les permis de travail à ces derniers, n'est-ce pas ?

— Il est en séminaire à Perpignan. Je l'ai appelé, il va arriver. Je... Elle est si gentille ma petite lettre. Elle travaille bien à l'école. Elle rêve de devenir sigle.

La mère montre les derniers contrôles de sa fille : des A à foison. Incapable de se contenir, elle fond en larmes :

— Mon bébé... Ma petite voyelle... Rendez-la moi... Rendez-la moi...

 

Dès son arrivée, Gaspard Phonème prend sa femme dans ses bras et, sans regarder Wolowski, demande :

— Alors ?

— Mes hommes interrogent les voisins. Si les malfrats téléphonent, notre technicien enregistrera la conversation afin de les localiser.

La sonnerie retentit. Les parents ne savent s'ils doivent décrocher... Le hochement de tête de Wolowski donne à Gaspard la force de répondre :

— Allô ?

La voix énonce, désincarnée :

— La petite va bien et si notre demande est respectée, ça restera le cas. Sinon...

— Donnez-moi vos exigences... Allez-y. Je ferai mon possible.

— On exige le retrait de permis de liaison... Simple, dans votre position de magistrat.

— Je le ferai mais rendez-moi ma fille.

— Après le retrait.

Il n'insiste pas :

— Donnez-moi le mot concerné.

— Haricot. Le h aspiré devra être LA prononciation admise. Pas ce z infâme. Compris ? Les haricots resteront célibataires. Sinon...

Gaspard est dépité :

— Pardon, sir gangster... Mais c'est impossible.

— Im-... Ne mettez pas la santé de la petite en danger, Phonème.

Derrière les paroles d'acier, le père entend « Papa, papa... ». Le malfrat reprend :

— Alors... Phonème... Décidé à coopérer ?

— Je travaille à l'AS. Je n'ai pas accès à ce dossier.

— Plaît-il ?

— Le fichier P127T concernant les liaisons tolérées fait parti des démarches AT, pas AS. Moi, je gère les fichiers P125, P336 et P700BZ.

— Mais...

— Dans le cadre des permis 127T, c'est Alphonse Sème le responsable. Et encore... Le retrait de P127T exige le tampon officiel de la chargée des volte-face, Clitorine Zangbi. La démarche est très simple, Sème doit remplir le dossier 13B7P117T. Après, il le transfère à l'AS, donc moi. Je vérifie si le dossier est complet. Si c'est le cas, je le transmets à Zangbi. S'il le tamponne alors on finalise en demandant la certification ministérielle. Encore très simple...

Catastrophe : le monstre a raccroché ! Comment va-t-il le dire à sa femme ?

 

Après cet échec, les choses stagnent. Le soleil se lève, l'espoir abandonne la famille... Les parents sombrent dans le désespoir.

Le grincement de la porte d'entrée déconcerte Wolowski, la fillette s'avance :

— Papa ! Maman !

L'enfant s'élance dans les bras de madame Phonème :

— Ma petite U, ma poupée ! Te voilà de retour chez nous !

L'agent Wolowski, retrouvant enfin sa volubilité habituelle, s'accroupit devant la petite voyelle :

— Ceux qui t'avaient emmenée... Ils ont dit quelque chose ?

— Ils m'ont déposée devant l'école. Puis le grand chauve il a dit qu'il abandonnait le kidnapping mais pas la lutte pour la langue.

Vraiment ?

— Ouais. Même qu'il a pleuré longtemps... Il arrêtait pas de dire : « Putain d'administration... Putain d’administration... »



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11 mars 2017

Consigne d'écriture n°1 - « C'est ici »

 

La consigne

 

Comme je vous l'avais annoncé le 25 février, j'ai décidé de suivre régulilèrement une consigne d'écriture... Pour le premier exercice, j'ai choisi un classique des ateliers d'écriture, avec une amorce « C'est ici » que l'on répétera plusieurs fois de la manière qu'on préfère: en début de vers, en début de phrase ou même de paragraphe. Voici ma production...

 

Mon texte

 

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Madame Charpentier et ses enfants (1878), Renoir


C'est ici que le bonheur...

C'est ici que le bonheur se voit si on fouille bien.



C'est ici que mon regard prend racine

Dans ce joyeux bordel du quotidien

Dans ce fatras imparfait des routines

Dans une carte postale ou d'autres riens

Dans les bêtises des enfants si petits

Dans les soucis, ciment de nos patiences

Dans le parc qui accueille nos sorties

Dans l'amour caché au creux des silences



C'est ici que le bonheur s'entend si on fouille bien.



C'est ici que la musique a un sens

Dans le rire de mon fils et de mes filles

Dans leurs larmes, leurs sourires, leurs insolences

Dans les disputes ou bien les jeux de billes

Dans les soupirs de plaisir de nos nuits

Dans la comptine qu'on chante en promenade

Dans les plaintes, les chagrins ou les ennuis

Dans les tendresses qui stoppent les jérémiades



C'est ici que le bonheur se respire si on fouille bien



C'est ici qu'on sent l'odeur du foyer

Dans la promesse d'un plat en train de cuire

Dans le déo d'un ado bien sapé

Dans les roses que tu viens de m'offrir

Dans l'enfance qu'elle porte sur sa peau

Dans le café qui rend tout plus facile

Dans les longs repas des jours de repos

Dans le pain perdu des mois difficiles



C'est ici que le bonheur se caresse si on fouille bien.



C'est ici que je frôle le soleil

Dans les velours brillants du carnaval

Dans la fraîcheur de nos heures de sommeil

Dans l'herbe de la colline qu'on dévale

Dans le satin de ton corps sur le mien

Dans le coton des body que l'on range

Dans la paume de ta main qui me soutient

Dans la soie neuve de ses cheveux d'ange



C'est ici que le bonheur se reconnaît si on fouille bien.



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Posté par Emilie Cognac à 11:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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25 février 2017

10 raisons de pratiquer des exercices d'écriture

 

Si ceux qui aimeraient écrire sans oser passer à l'acte se tournent facilement vers les ateliers d'écriture, les écrivants1 se montrent parfois réticents à suivre des consignes. Or il existe de très bonnes raisons de pratiquer régulièrement de tels exercices...



Pourquoi suivre des consignes d'écriture ?

 

10 raisons

 

Envie de tenter l'aventure ?

 

Environ une semaine sur deux, je m'imposerai une consigne d'écriture et publierai ma production ici. Pour ne pas multiplier les publications, j'ai décidé de ne pas partager d'avance l'exercice sur le site mais de donner ce dernier dans la newsletter.

Machine

En vous inscrivant à la newsletter, vous pourrez donc recevoir les consignes directement dans votre boite mail...

Alors...

Prêt à me suivre ?

 

1Ceux qui pratiquent l'écriture au sens large du terme