17 juin 2017

Consigne d'écriture n°7 - « Personnalité obsessionnelle-compulsive»


La consigne

 

Écrire un texte mettant en scène un personnage souffrant du trouble de personnalité obsessionnelle-compulsive (préoccupation pour l'ordre, le perfectionnisme et le contrôle mental et interpersonnel.)

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Mon texte

 

La lumière de l'aube peinait à traverser les lourds rideaux lorsque la sonnerie retentit dans la maison. L'homme grogna contre ce réveil intempestif puis, conscient qu'un appel aussi matinal n'augurait rien de bon, il se dressa dans son lit, combiné à l'oreille. Ses yeux embrumés de sommeil retrouvèrent tout à coup leur lucidité. La conversation fut brève, quelques échanges brutaux sans sensiblerie.

Albert Bardaux resta immobile plusieurs minutes, la main crispée sur le téléphone, dardant un regard vide sur la tapisserie taupe : Claudine était morte la veille. Peu après 15 heures. Elle n'avait pas souffert, de cela il n'en doutait pas. Mardi, jour de sa dernière visite, la pauvre était assommée de morphine. Heureusement que celle-ci avait agi jusqu'à la fin... On les avait prévenus que ce n'était pas toujours le cas avec cette sorte de cancer. Passant des doigts tremblants dans ses cheveux d'une épaisseur encore convenable, il se leva pour enfiler sa pantoufle droite. Puis la gauche. Jacques, le mari de sa sœur, l'avait prévenu qu'ils n'auraient que la journée pour lui rendre un dernier hommage. L'enterrement aurait lieu le lendemain.

Après une agonie de plusieurs semaines, le veuf voulait en finir.

En robe de chambre bordeaux, Albert mit le café en route et sortit sa tasse avant de l'essuyer avec un chiffon propre pour ôter la poussière de la nuit. Il jeta un coup d’œil sur la pendule murale : 7h27. Il ne se levait jamais avant sept trente tapantes aussi attendit-il trois minutes avant de se rendre aux toilettes. Debout devant la cuvette, il retint un grommellement d'agacement : depuis plusieurs mois, il avait de plus en plus de mal à uriner. Il lui faudrait consulter. Alors qu'il se focalisait sur la santé de sa prostate, la nouvelle le frappa de nouveau. Pendant quelques secondes il avait oublié la mort de sa petite sœur. Ils se voyaient peu avant sa maladie. Il faut dire que tout les opposaient : leurs caractères, leurs goûts, leurs modes de vie. Pourtant apprendre son état avait été un coup dur. Claudie n'avait pas cinquante ans.

Ne dérogeant pas à son emploi du temps, il but son café en écoutant les nouvelles puis lava, rinça et essuya soigneusement la tasse et la cuillère avant de les remettre à leur place. Toujours en robe de chambre, il fit couler l'eau froide puis ajouta progressivement l'eau chaude. Quand la température de la douche lui convint – 24 °C sur le thermomètre bleu en forme de poisson qu'il utilisait depuis une décennie – il se dénuda pour se placer sous l'eau. Il se savonna soigneusement, se rinça avec autant d'attention avant de recommencer. Les pieds sur le tapis un peu rêche, il se sécha vigoureusement avant d'enfiler la tenue préparée la veille. Lavage de dents, brossage de cheveux... Il enchaînait ses ablutions matinales en songeant à sa sœur.

Après plusieurs traitements, le constat avait été cruel : le cancer avait encore progressé. Il ne restait que les soins palliatifs. Albert se souvint du chagrin de Jacques. De son courage aussi. Il n'avait jamais beaucoup aimé son beau-frère, un dilettante professionnel qui n'avait jamais fait preuve de la stabilité d'un chef de famille. Claudine disait souvent que grandir entourée d'un père et d'un frère rigides l'avaient poussée à épouser un artiste. Albert réprima un sourire : sa sœur ne s'était jamais plaint de son choix même si lui-même de le comprenait pas. Huit heures : consultation de son agenda. Jeudi 7, finir la traduction pour Morton. Plusieurs heures de travail l'attendaient. Avec un soupir, il se promit de se presser : Claudine l'attendait et il en avait pour deux heures de route. Vite... Vite... Il s'installa à son modeste bureau d'angle et sorti le dossier. En dépit de ses connaissances, honorables, en informatique, il commençait par une première version à la main.

Il nettoya son bureau : on ne peut pas être efficace dans la saleté. Ensuite, il tailla méticuleusement ses crayons, Albert ne supportait pas les mines émoussées. Enfin, il disposa à droite de son brouillon ses ouvrages de référence franco-russe. Il pouvait se mettre au travail. Les heures passèrent rapidement et chaque étape de la traduction fut revue plusieurs fois. Jusqu'au brouillon final. Il ne s'interrompit que pour son déjeuner du jeudi : jambon de Bayonne et crudités suivis d'une salade de fruit. Après avoir tapé son travail, il en fit trois lectures, chacune séparée d'une pause de quinze minutes. Lorsqu'il éteignit l'ordinateur, il conclut sa journée de labeur avec le classement de ses papiers, le rangement des livres et crayons puis un nettoyage rapide du bureau. C'est seulement quand tout fut à sa place, qu'il se permit de jeter un œil curieux sur sa montre. Dix-sept heure cinq. S'il partait maintenant, il aurait peut-être le temps de dire adieu à Claudine.

 

 

Au volant de la petite citadine, Albert trépignait. À cette heure de pointe, la route n'en finissait pas... La nationale était bondée et il regretta presque d'avoir respecter ses principes en refusant de prendre l'autoroute. Il ne le faisait jamais pour aller à Rouen. Jamais. Quand il se gara la sueur perlait à son front et collait son dos au siège. Courant presque, il se rendit à l’accueil, où une dame, désolée, lui expliqua que les pompes funèbres avait pris le relais un quart d'heure plus tôt. Dépité, il téléphona à son beau-frère qui, en colère, lui rappela l'avoir prévenu. Albert bredouilla des excuses avant de raccrocher. Sans démarrer sa voiture, dans le parking de l'hôpital, il pensa à sa journée. À son emploi du temps. À ses crayon impeccablement taillés. À sa traduction si parfaite. Et il se mit à pleurer.


 

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03 juin 2017

Consigne d'écriture n°6 - « Logo-rallye »

La consigne

Un logo-rallye est un exercice qui consiste à inclure dans un texte un certain nombre de mots imposés au départ. Écrire un texte comportant les sept mots et expressions suivants : faction, royalties, fort, fonctionnalité, os du talon, mal de tête, costumé. 

Machine

Mon texte

La petite nouvelle que j'ai écrite dépassant largement les mille mots, j'ai choisi de vous la proposer en téléchargement et au format PDF. Si vous avez des soucis techniques -ou des remarques- n'hésitez pas à m'en faire part dans les commentaires ou par mail.

Convictions_et_territoires

 

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27 février 2017

Mademoiselle Else ou l'art du monologue



Genre : Nouvelle

Pays : Autriche

Date de publication : 1924

Maison d'édition : Le Livre de Poche

Traduction de l'allemand :Henri Christophe

Prix : 3,60 €

 

MademoiselleElse



Résumé : Else T., fille d'un avocat viennois, se trouve pour quelques jours de vacances dans une station thermale italienne. Là, elle reçoit une lettre de sa mère, dans laquelle elle la prie de demander d'urgence un prêt à Dorsday, riche marchand d'objets d'arts, car son père a perdu au jeu de l'argent appartenant à ses pupilles et sera bientôt arrêté s'il ne peut pas rembourser. Else va voir Dorsday et lui explique la situation difficile de sa famille.

Dorsday consent à prêter les 30 000 florins nécessaires, mais exige en contrepartie l'autorisation de pouvoir contempler Else nue pendant un quart d'heure.

Pour plusieurs raisons la nouvelle d'Arthur Schnitzler tient une place importante dans ma bibliothèque. Par goût personnelle d'abord : Mademoiselle Else reste un petit bijou de littérature. Dans un long monologue intérieur, émaillé de courts dialogues, le lecteur suit le cheminement d'une très jeune femme -dix-neuf ans- devant un conflit intérieur insupportable : doit-elle se vendre pour sauver son père de la prison ? Pour mon travail ensuite : lorsque je fais travailler un(e) client(e) sur le monologue intérieur ou sur le personnage, Mademoiselle Else fait parti de la bibliographe que je recommande.

 

Mon Avis

 

Durant mon existence de lectrice, j'ai subi plusieurs « claques littéraires » est, avouons-le, Mademoiselle Else fut l'une d'elle. La nouvelle, un long monologue intérieur, nous transporte dans un marasme d'émotions. Ceux d'une jeune fille lucide, frivole, torturée mais attachante dont le destin paraît inexorable. Difficile, une fois plongé dans les pensées d'Else, de lâcher le petit ouvrage. On veut savoir ce qu'il adviendra d'elle et de son hystérie.

Certes, le personnage d'Else transpire la posture freudienne chère à Schnitzler, on sent la fascination de l'auteur autrichien pour les névroses et la sexualité. Mais qu'importe les réserves que m'inspirent les thèses de Sigmund : Mademoiselle Else reste un exercice littéraire de haut-vol, troublant et inspirant.

Attention spoiler : à la fin de la nouvelle, Mademoiselle Else sombre après avoir avalé un tube de somnifères, geste dont on ne sait pas s'il lui sera fatal, se rapproche de manière troublante de la réalité quand on sait que la fille de Schnitzler, dix-huit ans, mettra fin à ses jours en 1928. L'auteur ne lui survivra que trois ans.

 

Et vous, connaissez-vous l’œuvre d'Arthur Schnitzler ?

 

Posté par Emilie Cognac à 08:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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